Fantastic Mr Glen Baxter

16/04/2017

Il y a des hasards amusants. Alors que je regardais des dessins de Glen Baxter sur le stand de la galerie Isabelle Gounod au salon Drawing Now, je recevai une réponse positive de l'artiste à une demande d'interview que je lui avais envoyée par mail quelques heures auparavant. S'ensuivirent de joyeux échanges mêlant nonsense, érudition et technique. De quoi me faire encore plus apprécier ce qu'il nomme lui-même "The world according to Glen Baxter" !

 

"Manifestement cela a toutes les apparences d'un authentique Baxter bien que dessiné d'une main beaucoup plus expert" énonça l'éminent critique

 

Est-ce que vous dessiniez lorsque vous étiez enfant ?

 

Je dessinais tout le temps et étais curieux de tout. Le monde me semblait merveilleux et rempli de mystère. Lorsque j’avais 3-4 ans, mes parents m’ont inscrit à l’école maternelle. A l’occasion d’une journée portes-ouvertes, les travaux des enfants ont été disposés sur trois tables à tréteaux et ma mère a demandé : « Lesquels ont été dessinés par Glen ? ». L’institutrice lui a répondu : « Toutes ces deux tables !»

 

 

Quels artistes vous ont inspirés et vous inspirent encore ? Quelques surréalistes doivent figurer parmi eux...
 

 

Paolo Uccello, Giorgio di Chirico, Max Ernst pour ses romans-collages, Mondrian et aussi Buster Keaton. J’ai adoré Dada et le Surréalisme, les écrits d’Alfred Jarry, de Raymond Roussel, Apollinaire ou encore Valéry Larbaud que j’ai découvert grâce au poète new-yorkais Ron Padgett qui a traduit de nombreux poètes français. Je pourrais également citer Entretiens avec Pierre Cabanes de Marcel Duchamp.

 

 

Max Ernst, Collage tiré du roman Une semaine de bonté publié à Paris en 1934

 

 

 

                                   Buster Keaton, The Goat, 1921

 

 

Les phrases qui accompagnent vos dessins contribuent à en mettre en scène la drôlerie absurde. Inscrivez-vous dans une tradition d’humour anglais ?

 

Je crois profondément en la beauté de l’absurde. L’Angleterre a une grande tradition de « nonsense » poétique qui a commencé avec Lewis Caroll, Edward Lear, Jonathan Swift ou encore Laurence Sterne et son roman Tristam Shandy. C’est André Breton qui le premier a désigné Lewis Caroll comme un artiste surréaliste. L’émission radiophonique The Goon Show dans les années 50-60 ou les Monty Python s’inscrivent dans cette tradition d'humour absurde qui s'est poursuivie jusqu'à nos jours.

 

 

On really quiet evenings we were forced to arrest each other

 

 

Edward Lear (1812-1888), Illustration tirée de A Book of Nonsense

 

Certaines citations sont en français, de même que le prénom des personnages. Sont-ce des traductions de précédentes versions en anglais ou des versions créées dans notre langue ?

 

Certaines citations sont effectivement en français. Deux de mes proches amis vivent à Poitiers, Dominique Truco et Jean-Luc Terradillos. Je comprends un peu le français et nous travaillons ensemble sur les formulations en choisissant des prénoms français pour maintenir le rythme du récit. Jean-Luc est rédacteur en chef d’un merveilleux magazine, L’actualité Poitou Charentes, pour lequel je dessine de temps en temps ! Il m’a fait découvrir la cuisine de cette région il y a quelques années. Je n’oublierai jamais le jour où j’ai vu mon premier Tourteau fromager. Je pensais que c’était une météorite !

 

 

Quels outils et matériaux utilisez-vous pour dessiner ? Les couleurs sont particulièrement belles.

 

Généralement, je dessine avec des stylos Rotring, des encres et des crayons de couleur. De temps en temps, de la peinture. J’ai étudié la lithographie pendant mes études d’art et je suis tombé amoureux de cette technique ainsi que de la façon dont les couleurs imprègnent le papier. C’est cet aspect que je souhaite donner à mes dessins. Je veux qu’ils soient beaux à regarder. J’essaie de recréer un sentiment proche de celui que j’ai éprouvé la première fois que j’ai vu un tableau  de Chirico.

 

"It's extremely serious, sir. It looks like the entire ukulele orchestra of Great Britain is heading this way!"

 

 

Votre œuvre rappelle le graphisme des illustrés d’autrefois…

 

 

Oui, je pioche dans l’iconographie désuète des premiers livres de mon enfance, à travers lesquels j’ai découvert le monde.

 

Illusions populaires n°26, Peter croit avoir repéré le serveur

 

Vos dessins ne sont pas seulement drôles et poétiques, ils sont aussi très bien composés. Comment procédez-vous ?

 

Je dessine généralement d’abord une esquisse puis commence à suer sang et eau à la recherche de mots qui susciteront un sentiment de malaise et déstabiliseront l’ordre logique des choses. J’aime ce moment d’incertitude.

 

 

Certains de vos dessins mettent en scène des œuvres d'art, de façon absurde et parfois ironique...

 

Il y a beaucoup de références à l’art dans mes dessins car j’en ai été imprégné dès mon enfance et ai étudié dans une école d’art. Je me souviens de l'excitation éprouvée en regardant une œuvre pour la première fois en vrai dans un musée. Notre première expérience de la peinture est généralement vécue à travers des reproductions sans vie et sans relief, alors que les originaux vous bouleversent. J’essaie de recréer ce moment de FRISSON (en français dans le texte NDLR) à chaque fois que je dessine.

 

 

Vous définissez-vous comme un illustrateur et comprenez-vous la frontière souvent établie, notamment en France, entre illustration et art contemporain ?

 

Je ne me suis jamais perçu comme un illustrateur et je ne souscris pas à l’idée de frontières. Je souhaite juste montrer le Monde selon Glen Baxter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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