Floc'h, de l'idée au pinceau

21/10/2017

 

 

C'est à Biarritz, chez notre ami commun Pierre Julien, antiquaire passionné et plein de curiosités, que Floc'h et moi nous sommes rencontrés l'été dernier par l'intermédiaire de mon père, lui aussi grand amateur d'objets et d’œuvres de l'esprit. La conversation à peine engagée, nous avons évoqué l'illustrateur Maurice Boutet de Monvel et j'ai profité de ce merveilleux patronage pour proposer à Floc'h de se prêter au jeu d'une interview. Il accepta bien volontiers, ce dont je le remercie encore vivement et rendez-vous fut pris quelques semaines plus tard, de retour à Paris...

 

 

Vous avez dessiné pour de nombreuses éditions et je vous sais fils d’imprimeur. Y a-t-il un lien entre votre filiation et le dessin imprimé ? La connaissance de cet univers extraordinaire que sont les imprimeries a-t-il eu une influence sur votre travail ?

 

Mon père, avant d’être imprimeur, dessinait et peignait. J’ai vu une superbe gravure de lui, réalisée lorsqu’il avait 17 ans. Quand il en a eu 19, il s’est marié et a eu cinq enfants en quatre ans. Il a rejoint l’imprimerie Floch à Mayenne. Contraint par sa situation familiale, mon père s’y est installé à contrecœur. Je l’ai toute sa vie entendu dire qu’il allait se remettre à la peinture mais il est mort à 64 ans sans en avoir eu la possibilité. Il a été frustré dans ses ambitions et ne m’a jamais encouragé à dessiner, mais on n’est évidemment pas fils d’imprimeur sans effet. Il y a quelque chose de très noble dans l’imprimerie, qui impose, invite à la rigueur. La typographie est extrêmement importante. Je dirais même, un peu comme Godard pour qui le traveling est une affaire de morale, qu’il y a en typographie des choix fondamentaux à faire.

 

 

La typographie et aussi la composition, le choix du papier, la qualité de l’impression… Ce sont des mondes en soi.

 

Exactement. Des mondes non séparables du dessin surtout pour un dessinateur qui, comme moi, a beaucoup travaillé pour des magazines, des supports imprimés de toutes sortes. Il m’est souvent arrivé – aujourd’hui encore plus que jamais - de refuser de faire une image dans un magazine dont je savais que l’apport typographique serait catastrophique. J’ai fait beaucoup de couvertures pour le magazine Lire à une époque où le titre était joliment écrit avec quatre lettres très espacées. Il a ensuite été remplacé par un très vilain titre qui prend beaucoup trop d’espace. A cause de cela, j’ai décidé d’arrêter cette collaboration.

Illustration pour une couverture du magazine Lire


Une des dernières couvertures que l’on m’a demandé de dessiner devait représenter Freud. J’ai proposé de dessiner Freud en train de psychanalyser Freud. Freud seul sur la couverture n’attirerait pas l’attention, deux Freud, oui ! Mais entre cet horrible bandeau Lire qui mange un tiers de la page et l’ajout d’un autre bandeau en bas de page sur les écrivains néo-zélandais, le dessin s’est perdu dans un horrible amas de choses et, partant, a perdu tout son sens. Pour le magazine Monsieur, j’avais le contrôle de la typographie et de la mise en page. Ce sont d’autres raisons qui m’ont conduit à arrêter. J’aime la page blanche, construire quelque chose dont je suis responsable totalement. Je suis un illustrateur de studio. Je fais entrer chaque personne, chaque objet dans l’image comme un décorateur. Le style, c’est un point de vue et un seul.

 

 

On en revient à la composition…

 

Bien sûr, on en revient toujours à la composition ! Prenons l’exemple des affiches de Smoking et No smoking. Resnais avait eu l’excellente idée kierkegaardienne de faire parler les mouettes « Ou bien », « Ou bien ». J’ai valorisé l’idée en plaçant au centre un vol de mouettes et en baissant très bas l’anecdote (décor et personnages). J’ai dessiné un vol de mouettes que j’ai considéré être parfait dans sa composition. Je n’ai depuis jamais fait un autre vol de mouettes que celui-là.

 

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A propos de graphisme, de sens de la composition et de typographie, Robert Delpire est mort hier…

 

Je l’ignorais. En évoquant Delpire, je pense à Massin avec qui j’ai travaillé pour mon livre Un homme dans la foule. Albin Michel qui me savait déjà difficile à l’époque pour mes mises en page lui avait confié le soin de s’occuper de mon livre et je dois dire une chose : les gens qui ne font que de la typographie, y compris Massin, m’énervent beaucoup ! S’il s’y connaissait parfaitement en typographie, il n’était pas capable de distinguer un bon dessin d’un moins bon et ne s’attachait qu’à la composition ! Or, je n’aime pas la forme pour la forme. Je me définis d’ailleurs comme un dessinateur d’idée. Sans idée, je ne dessine pas !

 

 

C’est une question qui m’intéresse beaucoup et que j’ai déjà posée : dessiner une idée ou la concevoir en dessinant ?

 

J’ai horreur des crobards et horreur des dessinateurs qui cherchent en dessinant, le cul vissé sur leur chaise 14 heures par jour. Moi, je vis ! Le dessin est un épiphénomène. Je me souviens d’une soirée où j’avais quelques amis à la maison. Juste avant de sortir au restaurant, The New Yorker avec qui je travaillais alors beaucoup m’a appelé pour me demander une illustration. J’ai accepté et, après avoir raccroché, mes amis se sont apitoyés à l’idée que je ne puisse pas profiter de la soirée. Je leur ai dit que ma vie passait avant le New Yorker. Une très bonne idée a besoin de la fraîcheur du moment. Il est possible d’avoir des idées avec vos connaissances, votre savoir-faire mais cela risque d’être moins intéressant. Il faut juste avoir l’envie d’une idée.

 

 Couverture du New Yorker, 20 janvier 2003

 

 

Et l’esprit ouvert aux associations d’idées…

 

Exactement ! C’est de loin ce que je préfère. Mes plus grandes jouissances esthétiques s’expriment sans doute dans la réalisation de scrapbooks ou de mes albums photo (qui me servent de mémoire car je pense que le bonheur est souvent rétrospectif). Leur construction doit avoir un sens et ce sens se mêle à la vivacité de l’esprit pour le choix et le placement des images.

 

 

Les associations d’idées sont également très présentes dans la série d’illustrations pour le Domaine de l’Angélus que vous m’avez montrée tout à l’heure.

 

Quand le domaine de l’Angélus m’a demandé un projet, j’ai bien sûr tout de suite pensé à Millet. J’ai épousé la construction même de son Angélus avec son crépuscule, son éminence (clocher ou autre) et ses objets (fourche, panier et brouette) pour en faire ma version du début du XXIème siècle. Quant aux personnages, ce sont des gens d’aujourd’hui avec des préoccupations d’aujourd’hui. Ainsi, je représente, dans le premier dessin, la huitième génération à la tête d’Angélus, puis pour Paris, ma femme et moi, des amis pour Londres et ailleurs ainsi que des proches pour d’autres destinations. Je trouvais plus de sens à ce travail en dessinant mon entourage. Les dessins seront exposés en permanence dans la belle nef du domaine de l’Angélus, un peu à la façon des portraits de donateurs que j’ai dessinés pour le musée des Arts Décoratifs.

 

Illustration réalisée pour le domaine de l'Angélus, 2017

 

 

Il y a dans le dessin quelque chose qui relève de l’enfance.

 

Oui, c’est très vrai, c’est ce que j’appellerai une joie fondamentale de l’enfance. Bienheureux est celui qui n’a pas abandonné les joies du dessin pour faire un de ces métiers sérieux. Moi qui suis né en 53, j’ai vécu des années merveilleuses car ce sont celles où on a quitté le noir et blanc pour la couleur. Si vous y ajoutez de grandes espérances, ça peut faire quelque chose d’assez joli !

 

 

Ressentez-vous la même excitation quand vous allez chez Pierre (Julien, notre ami commun, antiquaire à Biarritz, NDLR) à la recherche d’un objet ?

 

Absolument ! Ce qui vient se greffer à ce plaisir-là, c’est bien sûr d’avoir son jardin, son pré carré. Quand vous savez qui vous êtes, ce que vous voulez, le plaisir qu’on évoquait est décuplé et fonctionne plus que jamais. Je vais vous dire une chose qui va, j’espère, vous amuser. Je n’aime pas dormir, je suis toujours réveillé à 3h30-4h00 et quand ma femme me demande ce que je fais, ma réponse est toujours : j’améliore !

 

 Illustration pour une couverture du New Yorker (numéro du 15 janvier 2001)

 

 

On sent dans votre appartement une recherche d’harmonie et peut-être même le besoin de s’entourer d’objets porteurs de beauté et de sens : une méridienne sur laquelle Madame Récamier aurait pu s’étendre, des vases grecs, un fauteuil recouvert d’un tissu provenant du château de Groussay créé pour Carlos de Beistegui.…

 

Mes parents étaient très modernes pour les années 50. A la maison, il y avait du Eames et avant cela, les fauteuils AA, mais très vite, ils ont déménagé dans une maison ancienne pour la décorer en style Directoire. J'ai eu moi-même des appartements très modernes décorés dans le style des années 50 et si on m’avait dit que je finirais avec le goût que j’ai, je ne l’aurais pas cru ! On peut trouver cela paradoxal, mais à bien y réfléchir, quand je pense au film Pandora qui m’a tellement marqué, jeune, dont le narrateur parle en recollant un vase grec, je me dis que j’ai rejoint une esthétique qui m’attendait depuis quarante ans ! On fait parfois les choses à l’envers car, bien entendu, j’ai adoré Picasso, Fernand Léger, Miro, Calder, mais vous vous en lassez et vient la solution magique qui est le retour vers les grands anciens, Holbein, Le Lorrain, Hals, Velasquez, Gainsborough, Turner. Leur richesse est sans fin et me convient mieux philosophiquement car à mon âge, on cherche la sérénité, la paix de l’âme !

 

Hans Holbein, portrait de Georg Giese, 1532, Huile sur chêne, Gemäldegalerie

 

 

Vous évoquez paix et sérénité. L’intérêt foisonnant que l’on porte aux choses est, je trouve, une forme d’apaisement. Et pour en revenir aux associations d’idées, il donne un sens, une cohérence à la vie. Une cohérence personnelle, qui n’est pas un diktat.

 

Bien sûr. Quelque chose qui n’a pas de compte à rendre. Avant d’avoir ma colonne de Trajan (une reproduction de la colonne de Trajan s’élève sur une table du salon, juste derrière une longue méridienne NDLR), j’avais une sorte de pied de colonne en bronze que j’avais surmonté d’un soldat de plomb représentant Wellington. J’attendais ma colonne de Trajan !

 

 Planche issue de la série Blitz, parue en 1983 chez Albin Michel

 

 

Je reviens au dessin. Vos illustrations sont souvent en couleur mais je vois que les dessins originaux sont en noir et blanc, j’imagine ensuite scannés puis mis en couleur.

 

Oui, je fais de grands dessins en noir et blanc au pinceau et encre de chine. J’ai commencé à utiliser le pinceau avec Blitz et cette découverte a été merveilleuse. Je le voyais comme un art martial. La plume touche le papier alors que le pinceau est aérien. Il n’y a que l’esprit qui peut le commander. Je ne veux pas que la couleur soit mise directement dessus. Le noir et blanc a une force implacable qui se moque bien de la couleur si votre pinceau est vif et aérien. « Un beau dessin, c’est quand la ligne est libre, mais attention ! La ligne est en danger de mort jusqu’à son terme », disait Jean Cocteau. Une vie de rêve, fragments d’une autobiographie idéale devait être initialement mis en couleur mais j’ai vite abandonné cette idée. Ce livre me voit recevoir, jeune, l’enseignement Platon et d’Epicure et se termine par ma rubrique nécrologique publiée en 2046 dans le Times.

 

 

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C’est très drôle ! Ah,  et je vois aussi une image de Clovis Trouille ! Très amusante, l’idée de vous représenter en voyeur de nonnes lubriques…

 

Je ne manque pas de me faire plaisir ! Après tout, un illustrateur est un voyeur, n’est-ce pas ? Je regarde à la dérobé pour ne pas faire preuve d’impolitesse. Je pense, en évoquant cela, à l’exposition Diorama que je me suis empressé de voir au Palais de Tokyo à mon retour de vacances, juste avant qu’elle ne se termine. C’était très bien, mais il y a un type dont j’aimerais écraser la glotte, un crétin qui pour être célèbre a repris la merveille de Marcel Duchamp Etant donnés 1° La chute d’eau, 2° Le gaz d’éclairage – en exposant ouvertement la scène, alors que toute la chose est précisément dans le fait de regarder la scène à travers un trou percé dans une porte.

 

Oui, je suis bien d’accord et j’ai de toutes les façons trouvé cette exposition inégale. On aurait préféré voir des boîtes de Joseph Cornell plutôt que certaines œuvres parfois prétentieuses et sans grand intérêt. Je reviens, si vous me le permettez, aux couleurs : pourquoi mettre en couleur vos dessins ?

 

Les gens comprennent mieux quand il y a de la couleur. Je n’ai jamais fait d’utilisation poétique de la couleur. Je choisis une couleur qui a un sens psychologique. Même si je n’utilise pratiquement que des aplats, je ne me limite pas à cette seule méthode. Dans la série de l’Angélus, il fallait jouer avec le crépuscule et Marion, ma femme, (qui réalise les mises en couleur avec Floc’h NDLR) et moi avons travaillé avec des dégradés. Contrairement à ce que l’on pense, Hergé ne fait pas que des aplats. Il dessine des joues, n’a jamais peur quand il veut exprimer quelque chose d’utiliser une autre méthode. Sur le chat siamois des Bijoux de la Castafiore, il y a un dégradé. J’ai repris cette chose-là, notamment pour les affiches de cinéma. Je mets un halo sur les joues ; Marion fait ça très bien. Ca apporte une illusion de réalisme.

 

 

Vous évoquez Hergé avec beaucoup de respect et d’admiration.

 

Quand j’étais petit, j’étais d’obédience Tintin ! A l’âge de 12 ans, mon frère Jean Michel avait gagné un concours de sculpture en sable sur la plage de Dinard et reçu l’hebdomadaire Tintin pendant un an. Mon père qui était un homme très sérieux le lisait en cachette. Il a pris un abonnement car il voulait connaître la suite des histoires !!

 

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Hergé est un maître absolu car tous ses choix narratifs sont intelligents. Beaucoup de dessinateurs font des démonstrations de brio inutiles. Dans L’affaire tournesol, quand le capitaine Haddock et Tintin se rendent chez Topolino, ils arrivent devant le portail et ça ne répond pas. Là, Hergé qui ne fait jamais de plongée ou de contreplongée, dessine un point de vue du haut du toit et ça crée quoi : la peur ! Ca, c’est du génie (j’ai refait exactement le même plan à la fin de mon premier livre Le rendez-vous de Sevenoaks) ! Ensuite, quand il doit affronter une page d’explication, Hergé se dit qu’il n’a pas le droit d’ennuyer. Intelligent comme il est, il place une bouteille de blanc suisse sur la table avec deux verres et donne ainsi au capitaine l’occasion d’apartés alcoolisés drolatiques. Cette astuce fait passer la page.

 

 

En parlant des aplats et des dégradés, vous évoquez Hergé mais ils me rappellent aussi les estampes japonaises…

 

Oui, tout à fait. Je n’aime d’ailleurs pas quand on me ramène systématiquement à Jacobs et Hergé alors que bien d’autres influences ont guidé mon travail, dont celle d’Henri Rivière connu pour son japonisme adapté à la Bretagne et à Paris (Trente-six vues de la tour Eiffel qui faisait écho aux Trente-six vue du mont Fuji d’Hokusai).

 

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Alors, justement, évoquons vos sources d’inspiration. Vous êtes entouré de livres d’art…

 

J’ai envoyé quarante caisses de bouquins à Biarritz (où Floc’h vient d’acheter une maison) et je n’ai gardé ici que l’art et l’illustration.

 

Vous dites l’art et l’illustration comme si l’illustration n’était pas un art…

 

Vous avez raison, je ne devrais pas !

 

Nous sommes accroupis devant la bibliothèque et Floc’h parcourt une première rangée de livres consacrée aux illustrateurs, au premier rang desquels figurent un bon nombre d’artistes britanniques et pour commencer :

 

H.M. Bateman et W. Heath Robinson sont des anglais merveilleux qui dessinent de gens très sérieux, qui font des choses folles !

 

 William Heath Robinson (1872-1944)

 

 

Ronald Searle est rangé juste à côté d’eux.

 

Oui, Ronald Searle, je l’adore, je le respecte immensément. Vous savez ce qu’il a vécu d’incroyable ?

 

Je sais qu’il a fait beaucoup de dessins de guerre pendant la seconde guerre mondiale.

 

Oui, il a été fait prisonnier par les japonais et il a vraiment vécu « le pont de la rivière Kwai »… Il a dessiné pendant toute sa captivité. C’est extraordinaire, mais ce que je préfère de lui c’est Back to the slaughter house et St Trinian's, des petits livres hilarants sur la dure vie des public schools anglaises …

 

Oui, celui-ci, je l’ai ! C’est très drôle.

 

Nicolas Bentley est très drôle également. Un très beau noir et blanc. Au départ, son dessin n’avait pas encore atteint la force qu’il aura par la suite. Mon trait a lui aussi évolué. En vieillissant, c’est incroyable ce que j’appuie sur le pinceau par rapport à mes débuts où il était plus délicat. Je pense –si vous me le permettez – que c’est une forme de puissance que j’ai acquise.

 

 

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Mais oui, bien sûr ! Il ne faut pas avoir peur de le dire.

 

J’aimerais également parler de Max Beerbohm qui a connu Oscar Wilde, Chesterton… Il a connu tout le monde ! Je vais vous montrer le dessin qu’il a fait d’Oscar Wilde avec son petit copain. Je préfère ses dessins en noir et blanc à ceux en couleur.

 

En noir et blanc, il y a aussi les dessins d’architecture d’Osbert Lancaster. Floc’h me montre un livre intitulé Here, of all places. Là, il écrit une histoire absolument sensationnelle de tous les styles architecturaux, toujours avec beaucoup d’ironie. Regardez comme c’est drôle : l’architecture du 3ème Reich et à la page suivante, la soviétique, est parfaitement identique à quelques détails près. Philippe Julian s’est beaucoup inspiré de lui dans son livre Les styles. Julian était éminemment parisien alors que Lancaster était éminemment anglais.

 

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Oui, c’est drôle et ses dessins sont tous très beaux.

 

Je pense que vous pouvez facilement le trouver. Même une petite librairie en Angleterre vous envoie ça pour 10 euros. C’est le miracle d’internet ! Il y a une très jolie réédition de ce livre et d’un autre sur l’évolution des villes. Lancaster a été anobli par la Reine, pour vous montrer la reconnaissance et le respect de son pays.

Dans un autre style mais fondamental pour moi, il y a aussi Cecil Aldin, l’immense dessinateur du monde de la chasse à courre. Il était aussi un grand peintre.

 

 

Les artistes que vous avez pour l’instant cités sont principalement anglais… Et les français alors ? Ou autres d’ailleurs !

 

Il y a un excellent clone français de Cecil Aldin qui s’appelait Harry Elliot. Je lui ai rendu hommage dans une image pour les chasses du château de Rambouillet mettant en scène Georges Pompidou. Il est mort très tôt, à 40 ans en ayant l’air d’en avoir 80. Vous connaissez aussi mon amour pour Maurice Boutet de Monvel.

 

 

 

Oui, bien sûr, nous en avons d’ailleurs parlé la première fois que nous nous sommes rencontrés. Je vous envie les deux dessins que vous avez achetés chez Sotheby’s lors de la grande vente Boutet de Monvel.

 

Qui sont des dessins préparatoires d’une certaine illustration de son livre sur Jeanne d’Arc. C’est admirable ! Floc’h sort les Fables de La Fontaine, toujours illustré par Maurice Boutet de Monvel, de sa bibliothèque. Regardez son dessin de couverture représentant La Fontaine marchant au milieu des animaux de ses fables avec un amour presque paternel. C’est magnifique ! Dans mon livre Inventaire, j’ai mis mon dessin reprenant cette idée montrant Luchini lisant La Fontaine aux animaux autour de lui.Sem aussi était un dessinateur avec tellement d’esprit. Ainsi que Dubout, qui fut une de mes premières influences, Caniff, Winsor McCay, Alex Raymond, Gruau, Savignac, Hal Foster et son Prince Vaillant et tellement d’autres ! Tiens, j’oubliais Leyendecker dont Norman Rockwell a volé tout le style et même le boulot. Et deux types totalement admirables dans le monde du dessin de mode : Carl Erickson dit Eric et René Bouët Willaumez qui sont grandioses. Floc’h me montre un livre avec des dessins de René Bouët Willaumez. Il y a des dessinateurs dont les grands peintres n’arrivent pas à la cheville. Certains ont pratiqué les deux disciplines, comme Hopper par exemple.

 

 

Oui, des illustrations étaient d’ailleurs exposées au Grand Palais à l’occasion de la grande rétrospective qui lui a été consacrée.

 

Il y en avait de très belles. J’étais très content de pouvoir les voir « en vrai ». Il y a Carl Larsson également.

 

Je pensais aussi à Carl Larsson en regardant vos dessins et les différentes références que vous m’avez montrées. Enfant, j’avais un livre sur son œuvre. Ses dessins me fascinaient. Je me suis évidemment empressée de voir l’exposition que lui a consacrée le Petit Palais il y a un ou deux ans.

 

Dans cette exposition, les dessins de sa maison sont plus beaux que la maison elle-même qui est pourtant belle. Toujours au Petit Palais, vous devriez aller voir Anders Zorn. Ses aquarelles sont ahurissantes. Ses peintures à l’huile sont moins bien mais vous vous demandez comment on peut travailler aussi bien les aquarelles. Avec Zorn, nous sommes passés sans nous en apercevoir dans le domaine de la peinture. Et pourquoi pas ? Dans le même genre, je pense à l’anglais James Tissot, un peintre que l’on peut lire comme un illustrateur. Finalement, même les tableaux impressionnistes sont devenus avec le temps, pour la plupart, de simples illustrations. 

 

 Carl Larsson, Cosy corner, 1894, aquarelle sur papier, Nationalmuseum de Stokholm

 

 

Beaucoup de dessins que vous m’avez montrés mettent en scène un art de vivre, une façon d’être, ce que l’on retrouve également dans vos dessins.

 

Oui, car c’est comme une mise en abîme – genre dont je fus le chantre ! – l’image dans l’image, comme chez Carl Larsson. Voyez ce livre du grand photographe et décorateur Cecil Beaton : Cecil Beaton at home. Je ne le lis pas, je le déguste ! Quand je referme le livre et que je regarde chez moi, je suis content : je me dis que ça tient le coup ! C’est la vie que j’aime : être dans l’image autant que dessiner des images. Ce n’est pas par hasard si je mets le mot « vie » dans tous les titres de mes livres personnels.

 

Je terminais mon livre Inventaire par ces mots : « Il n’y a pas d’existence pour moi sans la pleine conscience d’être unique, sans le développement de son utopie personnelle. Ce « royaume immense, incomparable et presque indécouvert, dont je suis l’irremplaçable roi » d’Henri Michaux, c’est là que je veux être, en toute modestie, en toute prétention. ».

 

Loin d’être un collectionneur, je recherche sans fin une harmonie et cette harmonie, une fois trouvée (comme mon vol de mouettes), mon âme peut être en paix.

 

L'amateur d'art, 1997

 

 

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