Lionel Koechlin, le dessin en fanfare !

11/11/2018

Le jour de l'interview, je rencontrai Lionel Koechlin pour la deuxième fois seulement, avec le sentiment  de le connaître depuis longtemps. Rien d'étonnant à cela ! Ses dessins m'accompagnent depuis l'âge de raison et ont nourri avec d'autres mon amour pour les arts graphiques.

 

Par un bel après-midi d'octobre, je me suis rendue chez lui heureuse comme une petite fille de 7 ans, pour lui poser des questions, certaines depuis longtemps tapies dans un coin de mon esprit...

 

 

Ca me fait très plaisir de te rencontrer. Quelle émotion d’interviewer un dessinateur que l’on aime depuis l’enfance ! L’amour du dessin prend sans doute racines en ses jeunes années, à la lecture des livres illustrés notamment.

 

Tu avais vu mes dessins dans des albums ?

 

 

Dans les publications Bayard Presse, J’aime lire en particulier.

 

Ces albums étaient très lus. On me parle souvent de ces dessins, le plus souvent en bien, à une exception notable... Un stagiaire m’a un jour abordé dans les couloirs de Bayard Presse en me demandant pourquoi je dessinais mal ! Je lui ai répondu : qu’est-ce que bien dessiner ? – et il m’a rétorqué : c’est dessiner comme la Panthère rose ! Amusant, non ? Mes dessins ont parfois des apparences de maladresse, raison sans doute pour laquelle il les trouvait mal dessinés…

 

 

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Beaucoup de corps dégingandés, en équilibre instable…

 

Des corps dégingandés, des déformations dans les perspectives et les proportions… Reproduire Mickey ou la Panthère rose, si bien dessinés soient-ils, ne m’a jamais intéressé !

 

 

C’est amusant qu’il ait cité La panthère rose. Ta palette a beaucoup de couleurs éclatantes, du rose notamment.

 

Oui, c’est particulièrement vrai quand je travaille avec de l’acrylique ou de l’encre. Quand je dessine à la gouache, en revanche, je suis obligé de beaucoup plus nuancer, avec des tons plus doux. La matière de la gouache ne s’accorde pas bien avec des roses tyrien, du bleu turquoise ou des couleurs indiennes.

 

 

 

Pichu et Rizarelli, gouache, 18,7 x 26 cm

 

 

Les couleurs semblent tenir une place importante dans ton existence. L’entrée de ton appartement est d’ailleurs peinte dans un très beau vert éclatant, que l’on trouve rarement dans un intérieur.

 

J’aime les couleurs ! M’en priver serait comme vivre sans musique ! En revanche, la pièce dans laquelle je travaille est blanche afin de rester neutre. Les couleurs qui nous entourent influencent ce que l’on fait. Mais du blanc tout le temps…

 

 

… ce serait ennuyeux !

 

La couleur maintient le moral, comme la lecture d’un bon livre.

 

 

Tes mises en couleur se font maintenant sur photoshop, j’imagine, mais qu’utilisais-tu lorsque tu as démarré ?

 

Mes deux derniers livres sont en noir et blanc mais, lorsqu’il y a une mise en couleur, ma femme Sylvie s’en occupe sur Photoshop. Avant, la plupart du temps, cette mise en couleur était faite avec des écolines.

 

 

Place Pigalle, encres Ecoline, 19,5 x 24

 

 

J’avoue être assez nostalgique des couleurs non photoshopées ou, plus exactement, des accidents, du grain, de la non uniformité (que l’on peut recréer sur photoshop, d’ailleurs).

 

Oui, c’est plus beau, mais on gagne tellement de temps avec les logiciels de traitement d’image ! Le processus de fabrication et de publication des images a complètement changé. Lorsque j’ai démarré, on envoyait son dessin original par coursier à la rédaction du journal, puis le dessin était apporté chez le photograveur. Maintenant, il suffit d’un clic pour l’envoyer par internet et d’un autre clic pour que le graphiste le place directement dans la maquette.

 

 

Tu évoques tes débuts comme illustrateur. Quelle est ta formation ?

 

J’ai fait Penninghen pendant deux ans puis l’Ecole des métiers d’art, d’abord rue de Thorigny, puis rue Olivier de Serre lorsqu’elle a déménagé. Je crois que l’école a maintenant pris le nom de la rue. Quand j’ai démarré, très peu d’écoles enseignaient l’illustration et il n’y avait d’autre alternative que d’aller à Paris. De nombreuses écoles forment désormais des illustrateurs de qualité : Strasbourg, Lyon, Nantes…

 

 

Tu as démarré dans la presse enfantine...

 

Oui, j’ai travaillé pour de très nombreux journaux et magazines en France mais aussi au Japon, en Angleterre... J’ai toujours mieux gagné ma vie grâce aux publications étrangères. Ma chance a été de travailler pour un magazine allemand pendant vingt ans - Eltern (le « Parents » allemand, NDLR) - qui payait très bien. Une directrice artistique parlait français et, tous les mois, la rédaction me commandait des pages, des vignettes…

 

 

Quels sont les journaux ou magazines pour lesquels tu as préféré travailler ?

 

Les pages que j’ai dessinées pour Le Monde. Les fables de La Fontaine, notamment. C’était une époque merveilleuse. Rock et Folk également.

 

 

Et le New-Yorker ?

 

Ils m’ont sollicité plusieurs fois mais je n’ ai jamais beaucoup aimé leur fonctionnement : tu envoies des séries de dessins qu’ils publient ou refusent sans te dire pourquoi et leurs choix sont parfois bizarres.

 

 

Et il y a Bayard Presse…

 

J’ai commencé à travailler pour eux au milieu des années 70. Au bout d’un moment, j’ai eu besoin de prendre mes distances car ils payaient extrêmement mal leurs dessinateurs. Je n’y suis resté qu’une dizaine d’années.

 

 

C’est déjà bien ! Assez pour avoir marqué une génération d’enfants qui maintenant font des interviews sur des blogs de passionnés de dessin !

 

C’est très gentil !

 

 

Ta bibliothèque est remplie de beaux livres. Es-tu bibliophile ?

 

J’ai acheté beaucoup de livres illustrés des années 30 : Chas Laborde, Laboureur, Gus Bofa, Dignimont, tous ces merveilleux dessinateurs du début du 20ème siècle… Des éditions originales numérotées, mais aussi des éditions plus ordinaires mais très belles comme la collection Le livre de demain

 

 

Ah oui, bien sûr, une collection grand public illustrée de très beaux bois gravés…

 

Je sélectionne les livres en fonction de leurs dessinateurs. Lebedeff par exemple, que j’aime beaucoup.

 

 

Ce bois gravé de Jean Lebedeff n'est pas tiré d'un Livre de demain mais d'un ouvrage intitulé Les Cinq Sens de 1927.

 

 

Je crois que Foujita a aussi illustré un livre de cette collection. Qu’est-ce qui t’a conduit vers la carrière d’illustrateur ?

 

Je pensais que la vie n’avait de sens que si l’on est utile, ce qui m’avait d’abord donné l’idée de suivre des études de médecine. En classe de troisième, j’avais adoré la vie du corps humain et dessinais alors de belles planches en couleur. En classe de M’ qui précédait l’entrée en médecine, nous avons dû dessiner des planches de botanique extrêmement ennuyeuses et, pour m’amuser, je les ai mises en couleur. Le professeur – fou de rage – m’a sommé d’arrêter en jetant les dessins par terre : cela a marqué la fin de mes velléités médicales. Tant mieux pour les malades car je me laisse distraire facilement. Le dessin avait toujours été dans un coin de ma tête et un de mes frères me poussait dans cette voie. J’utilise désormais des pinceaux en guise de bistouri ! Mes plumes sont très acérées et j’ai parfois le sentiment de pratiquer la médecine en dessinant. Une personne m’a dit un jour que mon livre « Trois baleines bleues » l’avait aidé à sortir d’une dépression nerveuse...Cela m’a fait très plaisir !

 

 

Trois baleines bleues, encres Ecoline, 14,5 x 18,5cm

 

 

L’art rassérène, enjolive nos vies.

 

L’art équilibre. La couleur fait plaisir. C’est la même chose pour la littérature. Lorsque je lis un livre dont l’écriture me plait, je vais très bien. A l’inverse, j’arrête la lecture des livres dont la musique m’est désagréable. A chacun ses livres…

 

 

A chacun ses livres, à chacun son art et ses dessins… Il faut plaider en la matière une absolue subjectivité ! Quel est le but, sinon ? Je constate en revanche que tout le monde ne regarde pas. Quelle en est la raison : éducation, un sens inné ? Sans doute un mélange de tout ça… L’art tenait-il une place importante dans ta famille ?

 

Ma mère m’a emmené voir quelques expositions, comme Chagall, de Staël. La peinture l’intéressait, ça la touchait, elle en parlait, mais la musique était beaucoup plus présente que les arts plastiques chez mes parents. La bande dessinée aussi, grâce à mon frère aîné.

 

 

La musique est très présente dans tes dessins.

 

Les musiciens sont très difficiles à dessiner car leurs mains doivent faire des gestes précis. On ne peut pas escamoter... C’est encore une épreuve pour moi, mais ce défi permanent est une des raisons pour lesquelles je me suis  dirigé vers la pratique du dessin : un objectif difficile à atteindre qui donne envie de s’obstiner.

 

Ari, Chari et Vari, gouache, 18,7 x 26

 

 

Tu pratiques un instrument ?

 

Je gratouille lamentablement une vieille guitare !

 

 

Il y a aussi ce fameux album de Genesis dont tu as dessiné la couverture. Quelle en est la genèse, justement ?

 

Mes dessins avaient été sélectionnés pour figurer dans l’European Illustration, un gros book annuel réunissant une sélection d’illustrateurs européens. A Londres, un directeur artistique nommé Bill Smith, qui concevait des pochettes de disque, cherchait un dessin pour la pochette du prochain album de Genesis et avait repéré mon travail, avec celui de Roland Topor et d’André François. Genesis a repoussé Topor en pensant que ça allait faire peur ainsi qu’André François qui a demandé trop cher. Quand Bill Smith est venu chez moi à Paris, je venais de recevoir des exemplaires d’un livre – L’alphabet d’Albert – édité chez Jannink et je lui en ai donné un. Deux jours après, il m’appelait très tard le soir pour me demander de dessiner la pochette en m’inspirant d’une des pages du livre, la lettre Q : Q comme question. Et je suis parti à Londres avec mon dessin original sous le bras. A mon arrivée, nous avons dîné dans un restaurant chinois très branché – Mister Chow - et j’ai oublié mon carton à dessins derrière ma banquette. Je l’ai heureusement retrouvé quelques heures plus tard. Quand je suis revenu à l’hôtel tard le soir, Bill Smith m’a donné les paroles des chansons et m’a demandé de les écrire à la main : j’ai tout écrit dans la nuit !

 

 

Pochette du disque Duke, de Genesis

 

 

Qu’est devenu l’original de ce dessin ?

 

La maison de disques m’a dit qu’il avait été volé chez l’imprimeur.

 

 

Les dessinateurs m’ont souvent dit que nombre de leurs dessins avaient disparu dans les rédactions ou chez les imprimeurs.

 

J’ai une histoire amusante à te raconter à ce sujet. Desclozeaux dessinait pour Le Figaro littéraire quand Bernard Pivot en était chef de service. Un jour, Pivot lui rend des dessins entre deux cartons. Quand Desclozeaux rentre chez lui, il s’aperçoit que les deux cartons sont en réalité des dessins de Chaval !

 

 

Il s’est empressé de les garder, j’espère ! Je regardais justement hier des dessins de Chaval sur internet : quel génial dessinateur !

 

Il a un ancêtre assez marrant – Forain - qui donne dans quelques dessins l’amorce des tracés chavaliens.


 

 

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L’évocation du grand Forain est une bonne entrée en matière, par association d’idées, pour parler du cirque, un thème que tu traites souvent dans tes dessins. Tes parents t’y emmenaient-ils lorsque tu étais enfant ?

 

Je ne suis pas tellement allé au cirque, enfant. Il m’arrive d’y emmener mes petits-enfants, mais je préfère regarder les enregistrements de La piste aux étoiles. Ma culture en ce domaine est essentiellement livresque, télévisuelle et photographique. J’ai lu énormément de Mémoires de grandes familles du cirque : les Bouglione, les Fratellini, les Medrano…

 

Il y a tout dans le cirque : le risque, l’exploit, la misère et les plus grands bonheurs. Le rêve, empreint de tristesse. La musique, la couleur, les costumes, la joie des spectateurs. C’est un art total. Le nomadisme m’intéresse aussi, en dépit de ma vie parisienne sédentaire. Je préfère être chez moi bien tranquille à dessiner le cirque plutôt que vivre la vie d’un palefrenier !

 

 

 

Extrait de La piste aux étoile, une émission consacrée au cirque diffusée à la télévision entre 1964 et 1978

 

 

C’est l’intérêt du dessin que de créer d’autres vies que la sienne. Avec quels outils travailles-tu ?

 

Je trouve ce que tu viens de dire sur les autres vies assez juste : tu m’ouvres des horizons. Je travaille à la plume, avec de l’encre de chine, à la gouache avec la pointe du pinceau. Je peux te montrer si tu veux.

 

Lionel me fait parcourir son appartement comme un jeu de piste ponctué de dessins. Nous commençons dans son entrée aux murs verts par deux dessins aux couleurs éclatantes. Ce sont des dessins à l’acrylique.

 

 

Les amis du clown, acryliques sur papier, 40 x 50 cm

 

 

 

C’est magnifique ! Comment fais-tu pour avoir des aplats aussi nets et réguliers ?

 

Ce sont des couches superposées au pinceau. Certaines couleurs demandent trois ou quatre couches. Lionel se tourne vers un autre pan de mur sur lequel sont accrochés des dessins que l’on pourrait prendre pour des gravures. Sur ce mur, ce sont des dessins à l’encre de chine que j’ai réalisés à la plume avec des rehauts de couleur à l’Ecoline dégradée dans de l’eau. Ces deux dessins sont tirés du livre La vie mystérieuse d’Octave impérial édité par Alain Beaulet.

 

 

Acrobates sur clowns (Iop, Pio et Opi), encres acryliques tramées, 13,1 x 10,5 cm

 

 

Là, je vois une scène de rue campant un monde interlope où des prostituées font le tapin.

 

J’aime les gens qui sortent de l’ordinaire, le demi-monde, ce qui n’est pas dans la norme. Sur ce mur, ce sont trois gouaches. Comme tu le vois, il y a plus de matière.

 

Dans une autre pièce aux murs couleur rose pale, Lionel me montre un dessin représentant des footballers.

 

 

J’ai longtemps représenté des scènes de foot – un sujet que j’aime bien - mais maintenant c’est fini. J’ai besoin de changement et n’aime pas me répéter. Et puis, les footballers professionnels crachent tout le temps, c’est dégueulasse !

 

Il y a quelques années, j’ai publié quelques livres sur Paris (Chien & chat dans Paris, Le piéton contemporain…). Pendant six mois-un an, je partais le matin faire des croquis sur le motif et déjeunais sur un banc d’un sandwich. C’était un grand bonheur. Quand je suis plongé dans une nouvelle aventure, je jurerais pouvoir y consacrer ma vie. Et puis, non ! Au bout de quelques mois, j’en ai fait le tour et c’est fini. Je ne pourrais pas refaire un livre sur Paris, ni sans doute des dessins sur le foot.

 

 

Gouache sur papier

 

 

Je profite de t’avoir en face de moi pour éclaircir un mystère sur lequel je m'interroger depuis petite : pourquoi tous ces petits traits, comme des confettis, sur nombre de tes dessins ?

 

C’est tout un travail d’orientation des plans, d’occupation de la surface, comme un morcellement abstrait.

 

 

Pour perturber l’œil comme tes personnages dégingandés ?

 

Oui mais de façon harmonieuse. J’espère n’avoir pas perturbé des générations d’enfants ! Aucun de ces confettis n’est placé au hasard. Je passe d’ailleurs beaucoup de temps à les dessiner ! J’en mets moins maintenant. Lionel se dirige vers un autre mur où se trouve un très beau dessin représentant un camion de cirque pourvu d’une belle perspective. J’aime beaucoup ce dessin.

 

 

Nuit de cirque, peinture acrylique sur papier, 30 x 40

 

 

Quand je regarde ce dessin ainsi que d’autres que tu m’as montrés, je pense à des courants picturaux comme le cubisme ou l’expressionnisme… La peinture du début du 20ème siècle t’a-t-elle influencé ?

 

Oui, bien sûr, le cavalier bleu allemand, en particulier...

 

 

Le blaue Reiter, évidemment !

 

La découverte de ce mouvement a été un choc et certainement une influence. Paul Klee également, ainsi que des gravures de Vuillard. Ces œuvres m’ont ouvert des portes... Poliakoff aussi.

 

 

 

Wassily Kandinsky, tiré du livre Der Blaue Reiter publié en 1912 par R. Piper & Co 


 

Nous ouvrons justement une porte et entrons dans la pièce où Lionel a installé son atelier. Les murs sont blancs, comme il me l’a précisé un peu plus tôt, et y sont accrochés de très nombreux dessins. Sur certains, sa typographie si particulière se dessine.

 

 

Ta typographie écrite à la main ressemble à un dessin.

 

L’écriture me plait beaucoup. Je ne m’ennuie jamais en écrivant un texte.

 

 

Je trouve particulièrement joli qu’elle ondule, qu’elle ne soit pas linéaire.

 

C’est devenu un truc esthétique mais ce qui m’a guidé au début était plutôt la volonté de m’affranchir d’obligations quasi scolaires, d’injonctions à écrire bien droit, à suivre une ligne. J’ai horreur de l’interdit stupide qui n’a ni raison ni explication.

 

 

Je vois une petite scène érotique au-dessus de ta table de travail ! Je ne savais pas que tu en avais dessinées.

 

Mon ami Philippe Paringaux est venu un jour me voir avec des textes érotiques pour que je les illustre. Ou alors, c’est moi qui lui ai demandé des textes. Un livre en a été tiré : « Positions sur l’amour », puis une exposition organisée à la galerie Médicis qui n’existe plus aujourd’hui. L’ouvrage mériterait d’être réédité. Mon seul regret est de ne pas avoir illustré plus fidèlement les textes. Mes dessins forment plus un kamasutra qu’une représentation de ses rêveries remarquables.

 

 

Alphonsine et Marinette, gouache, 30 x 40

 

 

Rien ne t’empêche d’en sortir un nouveau. J’aime beaucoup l’idée des livres d’images pour adultes. Ils sont pourtant devenus rares.

 

Ils sont rares si l’on met de côté les bandes dessinées, les romans graphiques ou les publications spécialisées comme « Les cahiers dessinés » édités par Buchet/Chastel. Ils ont pourtant été très en vogue jusqu’aux années 50. Une personne m’a dit un jour que ces livres illustrés étaient vendus à des médecins, population où l’on trouvait alors beaucoup de gens évolués pour lesquels le livre présentait un intérêt culturel et social. L’écrivain Georges Duhamel était médecin par exemple.

 

 

C’est amusant que tu évoques Georges Duhamel qui était un ami très cher d’un grand oncle de mon père. Il y a quelques mois, ma famille a fait don à la BNF d’une centaine de lettres que lui avait adressées Duhamel tout au long de sa vie et ainsi permis à l’institution de reconstituer leur correspondance, les lettres envoyées par ce grand oncle à Duhamel figurant déjà au département des manuscrits. Tous deux médecins, ils s’étaient rencontrés sur le front pendant la première guerre mondiale.

 

C’est une belle histoire que tu me racontes. Tiens, regarde mon dernier livre qui aborde justement la Grande guerre.

 

Lionel me tend un petit livre de format carré recouvert de toile dont le titre - Le scandale Stopsénil - de couleur argentée a été embossé.

 

 

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C’est le résultat de toutes mes petites brûlures, les punaises sur lesquelles j’ai marché. Un livre sur le doute.

 

 

Les couleurs utilisées, bleu et rouge, sont un choix inhabituel chez toi.

 

J’avais d’abord imaginé du noir mais l’éditeur Cornélius a finalement choisi ces couleurs qui sont plus accrocheuses. Le noir et blanc est souvent une affaire de spécialiste.

 

 

N’aime pas Franz Masereel qui veut …

 

Ca m’amuse que tu cites Masereel. J’ai une gravure de lui dans ma maison, en Normandie. Qui connait Maseerel à part quelques amateurs ? Je me demande parfois si le dessin n’est pas une langue morte.

 

 

 

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Tu penses ? C’est un médium si accessible et spontané : tout le monde dessine ou a dessiné. Pour en revenir à l’édition, je constate surtout un énorme fossé entre un travail d’édition de très grande qualité, entrepris par des petits éditeurs indépendants, et un travail à la chaîne et peu inventif de grandes maisons d’édition. Le livre de Cornélius est un très bel objet.

 

Oui, j’en suis très content.

 

 

L’illustration est peu reconnue par les institutions en France contrairement à l’art contemporain ou même la bande dessinée, alors que tant d’illustrateurs français ont compté et comptent encore dans le monde entier. Comment se fait-il qu’aucun lieu institutionnel ne leur soit consacré ?

 

J’en reviens à l’idée d’une langue morte. La photographie est infiniment plus valorisée par les institutions.

 

 

On peine à considérer l’illustration comme un art à part entière. Au service d’un texte, d’un propos ou d’une marque, son expression artistique en serait amoindrie. Ca n’a pas de sens ! Personne ne dénie la qualité d’œuvre d’art aux photographies de Guy Bourdin pour Charles Jourdan ou d’Helmut Newton…

Quels sont tes prochains projets ?

 

Je suis en train de raconter ma carrière sous forme de roman graphique : les personnages truculents rencontrés à Penninghen comme Jacques d’Andon ou Penninghen lui-même, mes débuts dans la profession… Toute une époque !

 

Trottoir, gouache sur papier, 30 x 40

 

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